Quelques suggestions aux futurs candidats des #Présidentielles2017

Suggestions aux futurs candidats des #Présidentielles2017

 

Puisque la plupart des parties politiques ont l’intention de créer une plate-forme collaborative pour faire appel aux suggestions des citoyens et échanger avec eux, je voudrais proposer ici quelques idées, concernant un « public » qui intéresse peu les élus en général, à savoir les usagers en santé mentale.

 

Mais d’ores et déjà, j’aimerais rappeler quelques données statistiques récentes, utiles à ceux qui considéreraient que les problèmes de santé mentale ne concernent que peu de personnes…

 

Les maladies psychiatriques sont au 3ème rang des maladies les plus fréquentes en France. En effet, les problèmes de santé mentale au sens large touchent aujourd’hui près de 12 millions de français. Ce chiffre est amené à croître puisque, à l’horizon 2020, pas moins d’un français sur cinq sera touché, au cours de sa vie, par un trouble psychique (schizophrénie, trouble bipolaire, dépression, anxiété, addiction, trouble alimentaire…).

 

Les troubles psychiatriques coûtent à l’Etat français environ 110 milliards d’euros par an répartis entre autres comme suit : 13,4 milliards d’euros de dépense de santé (soit 8% du budget national de la santé, un chiffre proche des dépenses pour le cancer), 6,3 milliards d’euros dans le secteur social et médico-social, et 2,2 milliards d’euros versés pour les médicaments. Et comme l’ont rappelé en 2016 les SISM, « le coût informel des pathologies mentales est bien supérieur aux dépenses formelles directement engagées pour la psychiatrie », et « leurs répercussions économiques et sociales sont importantes » (précarité, exclusion, conduites à risques, addictions…). La perte de qualité de vie coûte ainsi 65,1 milliards et la perte de productivité 24,4 milliards d’euros.

 

Comme le rappelle régulièrement Tim Greacen (Directeur du laboratoire de psychologie de Maison Blanche), « la santé mentale, ça concerne bien tout le monde, ça n’est pas juste un problème de psychose… »

 

Par ailleurs, en matière d’emploi, malgré la loi de 2005 (loi qui a reconnu officiellement la notion de « handicap psychique »), ce type de handicap invisible reste le parent pauvre de tous les handicaps. Et les discriminations à l’embauche sont fréquentes. Peur de l’arrêt maladie, de difficultés d’intégration au sein de l’entreprise, de problèmes relationnels avec les autres employés… les raisons officielles sont rarement évoquées, mais les statistiques malheureusement parlantes (d'après l'UNAFAM, « 75 à 80% des personnes en situation de handicap psychique seraient au chômage ou en inactivité » ). 

 

Mais derrière ces chiffres somme toute abstraits, je voulais aussi informer sur la réalité de la vie, au quotidien, d’une personne vivant avec un trouble psychique chronique.

 

Pour contrebalancer les préjugés violents de certains élus, un Laurent Wauquiez par exemple pour le nommer, évoquant le « cancer de l’assistanat », en stigmatisant toutes ces personnes qui se réjouiraient, selon lui, de vivre d’allocations plutôt que de travailler, je voudrais leur dire que déjà, bon nombre de personnes ayant ce type de trouble psychique, ne font jamais de demande d’AAH et/ou de pension d’invalidité et/ou même de RQTH auprès de la MPDH. Pour plusieurs raisons à mon avis. Par déni peut-être pour certaines d’entre elles (même si le diagnostic a été clairement établi), par souhait de ne pas s’enfermer dans le handicap, par espoir aussi (« Accepter une AAH serait me résoudre peut-être à ne jamais pouvoir travailler »). Personnes qui, pourtant, rencontrent ou ont rencontré des difficultés certaines à trouver un travail, voire à le garder. Ces personnes-là sont peut-être encore plus invisibles que celles reconnues handicapées.

 

Je voudrais rappeler aussi une autre évidence : on ne peut pas bien vivre lorsque les ressources s’avèrent être en-dessous du seuil de pauvreté.

 

Je rappelle aussi une contrainte que probablement peu d’élus connaissent. A savoir les lourdeurs administratives françaises qui font qu’actuellement, lorsque le formulaire (unique), qui regroupe toutes les demandes d’aides et d’orientation, est déposé auprès d’une MDPH, le temps d’attente peut être très long avant de recevoir une réponse, plusieurs mois, voire plus d’une année sur certains départements de l’Ile-de-France. Et lorsque vous souhaitez faire évoluer votre dossier (nouvelle orientation par exemple), vous devez là encore attendre des mois, même avec une procédure simplifiée accélérée. Tout cela n’aidant pas à conserver enthousiasme et mobilité dans un projet professionnel.

 

Car en attendant, il faut bien vivre. Sans ressources, difficile de payer un loyer. Qu’à cela ne tienne, la grande majorité des personnes handicapées psychiques vivent chez leurs parents, ce qui n’aide pourtant pas forcément à s’autonomiser dans un parcours de rétablissement. D’autres vivent dans des foyers, en cohabitation, voire, pour les moins chanceux, sans domicile fixe…

 

Car l’évolution des personnes n’est jamais forcément positive, au-delà du parcours de rétablissement. Lorsqu’elles vivent chez leurs parents, ce qui est assez fréquent, et que ces derniers décèdent, certaines personnes se retrouvent à la rue, avec alors une difficulté à suivre au mieux le traitement, même sous injection retard, et une propension aux addictions, ce qui peut aggraver l’état de santé général.

 

Au-delà des drames individuels humains, tout ceci a un coût faramineux pour la santé publique, comme l’ont rappelé plus haut les statistiques, sans pour autant d’ailleurs que les situations de certaines personnes en soient paradoxalement améliorées...

 

Après cette longue introduction, néanmoins nécessaire à ceux qui ont souvent une vision abstraite des difficultés des français au quotidien, voici quelques propositions destinées à améliorer la prise en charge et l’autonomisation des usagers en santé mentale.

 

Première proposition concernant le plafond des ressources requis pour l’AAH (et les autres allocations liées au handicap) : demande de non prise en compte des ressources du conjoint dans le plafond des ressources lorsque la personne handicapée vit en couple. Lorsqu’elle vit chez ses parents, ce qui est fréquent, les ressources de ces derniers ne sont jamais prises en compte dans l’attribution de l’AAH. Alors que parfois, les usagers en santé mentale passent toute leur vie chez et avec leurs parents ! Dans le cas d’une vie de couple, la personne très souvent ne peut percevoir l’AAH si le conjoint travaille, ce qui la fragilise considérablement et l’empêche d’avoir une autonomie financière. Cela n’incite pas non plus certain(e)s à se mettre en couple (par peur de n’avoir aucune ressources si l’autre les quitte, stress important qui peut conduire à une nouvelle décompensation), alors qu’on sait que cela a pourtant un impact positif dans le rétablissement.

 

Deuxième proposition concernant le travail et la mise en place d’un contrat aidé spécifique : impérativement à temps partiel (maximum 28h/semaine), car il est reconnu par les soignants que dans le cadre de certains troubles psychiques, il est préférable d’avoir un emploi du temps flexible et de commencer à travailler à mi-temps voire à un tiers de temps. Certes, les contrats aidés (type CUI) existent déjà, mais ne proposent pas forcément un accompagnement socioprofessionnel et soignant à la clef, adaptés aux troubles psychiques. Cet accompagnement impliquerait la mise en place de plus de passerelles et de partenariats entre les entreprises (et notamment les structures IAE) et le secteur sanitaire et médico-social. Ce qui pourrait aussi impliquer du tutoring et/ou des parrainages, et des actions plus nombreuses de sensibilisation et d’inclusion sociale à effectuer auprès des professionnels comme du grand public (grâce à des organismes comme Ceapsy / Psycom… et des associations d’usagers).

 

Troisième proposition concernant toujours le travail, mais cette fois le milieu protégé. Faire en sorte que le contrat ESAT (qui n'est pas un contrat de travail et n'ouvre pas droit au chômage et à la retraite) soit transformé en contrat de travail au bout d'un an de stabilité dans le poste, avec tous les avantages que cela implique. Contrat qui pourrait être comparé à un contrat de travail en entreprise adaptée. Afin que la structure puisse continuer à avoir une aide financière.

 

Quatrième proposition : faciliter les passerelles entre les périodes de travail et les périodes où la personne a plus de difficultés et besoin de temps libre pour se rétablir (via un suivi en hôpital de jour ou en service spécialisé type SAVS ou SAMSAH). Actuellement, comme expliqué plus haut, les dossiers de demande d’AAH et/ou de RQTH demandent un long temps de traitement. Et l’AAH est donné pour des périodes allant de 2 ans à 5 ans maximum. Certaines personnes qui touchent cette allocation aimeraient bien se tester sur le marché du travail, mais hésitent car se disant que si elles ne font pas l’affaire au bout de plusieurs mois, il leur faudra à nouveau du temps pour remettre leurs droits à l’AAH à jour. Même si on peut déjà cumuler l’AAH et un salaire, mais avec un calcul assez compliqué et difficile à appréhender pour les personnes. Pourquoi ne pas instaurer un principe plus simple que celui actuel ? La possibilité de travailler à temps partiel en touchant l’AAH, avec un calcul au prorata du temps (et non du salaire). Par ex, la personne travaille à mi-temps, elle touche son salaire pour le mi-temps + la moitié de l’AAH. Elle travaille à ¾ de temps : elle touche ¼ de l’AAH et son salaire. Etc. Et ce, quasi instantanément (les modifications se faisant de mois à mois, et non avec un temps d’attente administratif qui varie subjectivement d’une CAF à une autre…). L’Etat (ou plutôt la CAF) ne tiendrait compte, ni des ressources de l’éventuel conjoint, ni du montant du salaire touché par la personne. Si cette dernière est suffisamment en forme pour travailler à plein temps, elle ne toucherait que le salaire bien sûr. Mais si, par la suite, pour une raison x, elle n’arrivait plus à travailler avec ce plein temps, partie de l’AAH, au prorata du temps de non travail, lui serait automatiquement versée. Ce va-et-vient permettrait aux personnes d’oser se tester plus facilement sur le marché du travail, sans craindre en retour de vivre des périodes où elles n’ont absolument aucune ressource. Et à moins de vivre chez ses parents, vivre sans ressources peut conduire très vite à une situation de grande exclusion, comme la vie à la rue… et donc à des situations bien plus complexes, et bien plus coûteuses au final pour l’Etat.

 

Cinquième proposition : permettre aux usagers en santé mentale (ayant un trouble psychique chronique reconnue notamment dans les ALD) la mise en place d’une retraite anticipée. Décréter qu'à partir de la date de la première décompensation (et du diagnostic), les années de cotisations qui resteraient pour avoir une retraite taux plein seraient divisées par deux. Actuellement, la durée moyenne de cotisations est de 42 ans. Prenons l'exemple d'une personne ayant travaillé 8 ans jusqu'à l'âge de 30 ans, où elle décompense, avec un diagnostic clairement établi, il lui resterait à cet âge 17 années de cotisations (au lieu de 34 années) à assurer. Si elle retravaille rapidement, et ne connaît plus de périodes de chômage (ce qui est rare de nos jours...), elle pourrait ainsi prendre sa retraite à 47-48 ans. Autre exemple : si elle décompense à 20 ans, sans avoir jamais travaillé, il lui faudrait 21 années de cotisations à assurer durant sa vie. Cela paraît peu (si elle travaille non-stop, elle pourrait prendre théoriquement sa retraite à 41 ans), sauf que dans les faits, il y a souvent des coupures liées soit à la maladie, soit au chômage (sachant que les années de chômage indemnisées comptent aussi comme années de cotisations). Le montant de la retraite serait sur la même logique que pour tous les français : prendre en compte les 10 meilleures années de salaire pour définir la somme. Travailler, lorsqu’on a un trouble psychique à gérer (et un traitement médicamenteux à gérer au plus près), c’est souvent un « prix » lourd à payer ; en plus simple, il faut le vouloir, d’autant qu’actuellement, avec la difficulté à payer les années de cotisations alors que les trous, en terme souvent d’années, sont fréquents dans un CV, la majorité des usagers en santé mentale ne peuvent prétendre qu’au minimum vieillesse comme montant de leur retraite. Ce qui me semble une double peine.

 

Sixième proposition (pour faciliter les actions d’inclusion sociale) : mettre en place des actions citoyennes solidaires. Prenons l’exemple d’une action citoyenne récente basée sur la solidarité : les « Duos de demain » de France Terre d’Asile, mis en place en décembre 2015 (mille duos à ce jour), mettant en relation filleuls (personnes nouvellement régularisées) et parrains/marraines, à raison d’un RDV minimum mensuel, pour des échanges permettant de mieux connaître les cultures réciproques, de proposer aussi une éducation citoyenne aux filleuls, de les aider moralement dans leurs actions quotidiennes (sachant que ces filleuls sont par ailleurs suivis par un travailleur social de l’association). Nous pourrions imaginer un système similaire entre usagers en santé mentale et parrains / marraines bien mieux stabilisées. L’idée sous-jacente étant aussi de changer le regard de l’autre, et de lutter contre la stigmatisation. Au contraire du « diviser pour régner » malheureusement trop souvent utilisé par certains élus, il s’agirait ici de « se rapprocher pour mieux comprendre et accepter nos différences ». Peut-être faudrait-il aussi instaurer un contrat tripartite, ou quadripartite (parrain/marraine + filleul(e) + association ou entreprise engagée + Etat).

 

Septième proposition : faciliter l’accès à la propriété aux allocataires de l’AAH ou d’une pension d’invalidité, par la mise en place d’un organisme étatique servant de caution et d’intermédiaire avec les banques (qui pourraient proposer un prêt à taux zéro).

 

Huitième proposition : mettre en place un droit à l’oubli pour les « psychiatrisés » (ceux qui ont vécu une hospitalisation, avec ou sans consentement), afin que ceux-ci ne soient pas pénalisés par les assurances quand elles demandent un prêt bancaire.

 

J’aurais encore bien d’autres suggestions, dans d’autres domaines, à proposer, mais il sera toujours temps, d’ici le printemps 2017, d’en faire un nouvel article ;-)

 

 


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